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عيد الموتى المكسيكي

Día de Muertos mexicain : fête vivante et largement moderne dans ses formes visibles (le défilé de Mexico date de 2016). Le malentendu occidental n'est pas de la trouver morbide, mais de la croire immémoriale.

✓ الاتجاه المستهدفLe Día de Muertos honore les morts sur deux jours (calendrier catholique), avec des racines à la fois indigènes (purépecha, maya, et d'autres groupes) et coloniales, dans des formes dont beaucoup — le grand défilé de Mexico notamment — sont récentes.
⚠ تفسير المعنىLe visiteur croit assister à un rite aztèque immémorial et uniforme ; la fête est en réalité un syncrétisme colonial porté par des peuples distincts (purépecha, maya...), dont l'image la plus photographiée aujourd'hui date du XXIe siècle.

01Ce qui se voit aujourd'hui, et depuis quand

Le 1er novembre honore les enfants défunts (Día de los Angelitos), le 2 novembre les adultes, dans une structure calquée sur deux fêtes catholiques consécutives : la Toussaint (1er novembre) et la Commémoration des fidèles défunts (2 novembre — souvent absente des présentations grand public, alors qu'elle porte liturgiquement le culte des morts). Les familles dressent des autels (ofrendas) avec du cempasúchil (Tagetes erecta ; le nom nahuatl signifie « vingt-fleur » — cempōhualli, vingt, et xōchitl, fleur —, une glose liée au système vigésimal, à ne pas lire comme un compte de fleurs ; à ne pas confondre non plus avec le souci/Calendula, un genre distinct de la même famille des Astéracées), les aliments préférés du défunt, et des calaveras de azúcar, des crânes moulés en sucre — non en « sucre d'orge », erreur de traduction fréquente.

Les images les plus reconnaissables ailleurs dans le monde sont beaucoup plus récentes que la fête elle-même. La Catrina : une gravure de José Guadalupe Posada, d'abord connue sous le nom de La Calavera Garbancera (c. 1910-1913, publication certaine en 1913) — garbancera, terme qui désignait satiriquement les Mexicains d'ascendance indigène reniant leurs origines en imitant les manières européennes —, reprise et popularisée par Diego Rivera dans sa fresque Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central, peinte en 1947 (certaines notices datent son exécution de 1946-1947) pour l'hôtel du Prado à Mexico — l'attribution du nom « Catrina » à Rivera lui-même relève d'un récit de transmission, pas d'un document primaire établi. Le grand défilé de Mexico, souvent présenté comme une tradition ancestrale, n'existait pas avant 2016 : la ville l'a créé après la scène de défilé fictive ouvrant le film Spectre (James Bond, 2015), et sa première édition a eu lieu le 29 octobre 2016. La fête est reconnue par l'UNESCO — proclamée chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel en 2003, inscrite en 2008 — mais sous l'intitulé Fête indigène dédiée aux morts, qui porte sur les pratiques des communautés indigènes, pas sur la célébration nationale urbaine contemporaine.

02Le malentendu réel : ni immémoriale, ni exclusivement aztèque

Le malentendu que cette fiche corrige n'est pas « l'Occident trouve les crânes morbides » — aucune source ne documente cette lecture comme dominante. C'est plutôt de croire la fête immémoriale et d'origine aztèque exclusive.

Les fêtes nahua des morts attestées par les sources coloniales — deux veintenas portant chacune deux jeux de noms, dominants respectivement chez Sahagún (Tlaxochimaco, Xocotl Huetzi) et chez Durán (Miccailhuitontli, Hueymiccailhuitl) — une correspondance entre les deux nomenclatures reconstruite après coup, pas une équivalence d'époque — tombaient dans les mois d'été, selon une corrélation avec le calendrier julien qui reste disputée : les deux corrélations de référence divergent sur leur point de départ, Durán au 11 mars et Sahagún au 12 février du calendrier julien du XVIe siècle. Les dates du 1er et du 2 novembre viennent du calendrier liturgique catholique. Une origine aztèque « ~1500 CE » est en outre incohérente en elle-même : vingt et un ans seulement avant la chute de Tenochtitlan (1521), elle ne laisse aucune place à une tradition « immuable » qui l'aurait précédée.

La rencontre elle-même ne date pas non plus d'une période « post-coloniale » (au Mexique, ce terme désigne l'après-indépendance, à partir de 1821) : elle se noue pendant la période coloniale espagnole (1521-1821), dans l'évangélisation du XVIe siècle. Stanley Brandes, dont l'article de référence porte précisément sur le sucre travaillé en figures (dont les crânes), va plus loin : il conclut que le Día de Muertos dans son ensemble n'est « ni espagnol ni indien, mais une invention coloniale » (« neither Spanish nor Indian but, rather, a colonial invention ») — un tiers-terme, pas un legs précolombien pur.

Attribuer l'ensemble du phénomène aux « Aztèques » efface aussi les peuples réellement documentés dans le dossier d'inscription de l'UNESCO — plus de quarante groupes indigènes et plus de six millions de personnes, selon l'UNESCO —, dont les communautés purépechas du lac de Pátzcuaro (Janitzio, dont la veillée nocturne s'enracine dans une cosmologie purépecha où le lac est le passage vers l'inframonde — pas une cosmologie aztèque), les Mayas du Yucatán (dont la fête équivalente s'appelle Hanal Pixán), les Nahuas, les Totonaques et d'autres.

L'eschatologie nahua que documentent les sources coloniales n'organise pas l'au-delà par un retour périodique des âmes, mais par une destination assignée selon le genre de mort : Mictlan pour la mort ordinaire, au terme d'un parcours de quatre ans ; Tlalocan pour ceux que prennent l'eau et la foudre ; la maison du Soleil pour les guerriers et les femmes mortes en couches. Aucun de ces témoignages n'expose de doctrine du retour annuel des âmes au foyer à date fixe : cette structure calendaire est celle de la Commémoration des fidèles défunts, et le vocabulaire mexicain courant en porte la marque — on parle des ánimas, catégorie catholique. Deux réserves tiennent au même dossier : les fêtes nahua d'août comportaient bien des offrandes alimentaires et florales aux morts, et ce qu'elles impliquaient de croyance au retour est précisément ce que Brandes tient pour non tranché ; et la lecture de Sahagún par quatre destinations est elle-même contestée par la recherche récente. Ce qui est établi n'est donc pas que les Nahuas n'attendaient pas leurs morts, mais que la date et la forme calendaire du rendez-vous viennent de la liturgie catholique.

03Un débat académique, pas un fait acquis

L'origine de la fête reste un débat ouvert, pas un fait tranché dans un sens ou dans l'autre. Stanley Brandes conteste depuis longtemps que l'hypothèse d'une origine précolombienne ait jamais été sérieusement établie. Elsa Malvido, historienne (Dirección de Estudios Históricos de l'INAH), plus radicale, a qualifié la fête d'« invention cardéniste » (1934-1940), y voyant une réinvention nationaliste sous la présidence de Lázaro Cárdenas, et fait remonter l'autel des morts à des pratiques funéraires européennes bien antérieures — le voyageur espagnol Francisco de Ajofrín atteste dès les années 1740 la vente de figures de sucre avant la fête. Claudio Lomnitz, anthropologue (Columbia University), refuse de trancher entre les deux lectures et montre que la « familiarité joyeuse avec la mort » devenue emblème national mexicain au XXe siècle est elle-même une construction — sans que cela efface les pratiques populaires réellement anciennes qu'elle recompose. Ces trois auteurs ne disent pas la même chose : les présenter comme un consensus serait une erreur.

04Ce que le XXe et le XXIe siècle ont construit

Aux États-Unis, la fête est portée depuis le tout début des années 1970 par le mouvement chicano de Los Angeles : Self Help Graphics & Art, fondée en 1970 par la religieuse franciscaine Karen Boccalero avec les artistes Carlos Bueno et Antonio Ibáñez, entre autres, organise l'une des toutes premières célébrations publiques documentées à partir de 1972-1973 — les sources ne s'accordent pas sur l'année exacte du tout premier événement. Ce n'est donc pas un Occident protestant qui « halloweenise » la fête : c'est une communauté mexicaine-américaine qui l'a fait connaître aux États-Unis. Le débat public qui existe bien là-bas porte sur l'appropriation — porter un maquillage de calavera comme déguisement d'Halloween le 31 octobre — sans consensus, y compris parmi les commentateurs mexicains et latinos ; il est documenté au long cours par l'ouvrage de Regina Marchi, Day of the Dead in the USA (Rutgers University Press, 2009). Au Mexique même, c'est l'inverse qui inquiète une partie des commentateurs : la pénétration d'Halloween, documentée par Stanley Brandes dans un article séparé de 1998, qui relève des interdictions cléricales d'Halloween dans plusieurs États mexicains au nom de la sauvegarde du Día de Muertos.

L'épisode le mieux daté et le mieux sourcé de toute cette histoire récente est un incident réel : le 1er mai 2013, Disney dépose une demande de marque sur l'expression « Día de los Muertos » auprès de l'office américain des brevets et des marques (USPTO), pour le film alors en développement — dont c'était littéralement le titre de travail. Disney retire sa demande le 7 mai 2013, au terme d'une semaine de controverse et d'une pétition ayant recueilli plus de 21 000 signatures ; l'entreprise motive le retrait par un changement de titre du film. Le film, retravaillé et renommé, sort en 2017 sous le titre Coco.

05Recommandations pratiques

À faire : venir avec l'idée qu'on assiste à une fête vivante et largement contemporaine dans ses formes les plus visibles (défilé, grand spectacle), non à la reconstitution d'un rite immémorial ; apprécier le sucre, les couleurs, l'humour sans y voir un manque de respect.

À éviter : porter un maquillage de calavera comme déguisement d'Halloween le 31 octobre ; parler d'une tradition « aztèque » unique et figée, ce qui efface aussi bien le rôle du catholicisme colonial que celui des peuples purépecha, maya et des dizaines d'autres groupes qui la portent ; supposer que toute veillée est nécessairement festive — certaines sont recueillies et silencieuses.

جغرافية سوء الفهم

محايد

  • mexico
  • usa

الحوادث الموثقة

توصيات عملية

للقيام بما يلي

  • Voir une fête vivante et contemporaine, non un rite figé. Apprécier le sucre, les couleurs, l'humour.

ما الذي يجب تجنبه

  • Ne pas porter un maquillage de calavera comme déguisement d'Halloween. Ne pas parler d'une tradition « aztèque » unique et figée. Ne pas supposer que toute veillée est festive : certaines sont recueillies et silencieuses.

المصادر · 15

مصدر أوليIndigenous festivity dedicated to the dead — Intangible Cultural Heritage, dossier n° 00054 (proclamation 2003, inscription 2008) —
أكاديميSugar, Colonialism, and Death: On the Origins of Mexico's Day of the Dead —
أكاديميThe Day of the Dead, Halloween, and the Quest for Mexican National Identity —
أكاديميDay of the Dead in the USA: The Migration and Transformation of a Cultural Phenomenon (2nd ed.)
أكاديميDeath and the Idea of Mexico
صحافةDía de Muertos, ¿un invento cardenista? decía Elsa Malvido —
مرجعHistory (fondation 1970, Karen Boccalero, Carlos Bueno, Antonio Ibáñez) —
مرجعSueño de una tarde dominical en la Alameda Central (fresque peinte 1947, hôtel du Prado) —
صحافةAfter Outcry, Disney Withdraws Effort To Trademark 'Dia De Los Muertos' —
أكاديميNotice planche 28 — Tlaxochimaco/Miccailhuitontli et Xocotl Huetzi/Hueymiccailhuitl —
أكاديميMichel Graulich y el problema del desfase estacional del año vago mexica —
مصدر أوليFlorentine Codex, Book 3: The Origin of the Gods — Appendix (destinations des morts selon le genre de décès)
أكاديميAn Exploration of the Nahua Netherworld —
أكاديميBeyond Mictlan: The otherworlds of the pre-contact Nahua —
صحافةYou can thank James Bond for Mexico City's Nov. 2 Day of the Dead parade —